La Pie Bavarde

On reproche souvent à la pie bavarde (pica pica), qui a le tort d’être fort peu discrète avec son plumage noir et blanc, de détruire les œufs et poussins d'oiseaux et les oiseaux eux-mêmes. Il est vrai que c'est un oiseau opportuniste et omnivore, c'est-à-dire qui exploite un large spectre de ressources alimentaires parmi lesquelles on peut trouver des oiseaux mais l'essentiel des proies animales est constitué d'invertébrés (chenilles, larves de coléoptères et de tipules, insectes...).
En été, pendant la période de nourrissage de ses petits, ceux-ci composent 60 à 100 % de son régime alimentaire. La pie consomme aussi beaucoup de cadavres mais peut capturer vivants des rongeurs, grenouilles, lézards... Les œufs et poussins ne constituent donc qu'une faible proportion de son alimentation, d'ailleurs cette prédation est très inférieure à celle qu'effectuent les chats domestiques et est très souvent compensée par une ponte de remplacement. En dehors de la période de reproduction, la pie adopte un comportement grégaire et c'est peut-être pour cette raison qu'elle semble "infester" votre secteur.
En outre, sa densité n'augmentera pas indéfiniment puisque cet oiseau, comme les autres est soumis à la règle de l'autorégulation basée notamment sur l'exclusion territoriale et la compétition entre mâles pour l'acquisition des sites de reproduction. Ainsi, quand un individu n'a pas de site de nidification, il ne niche pas ou tente d'évincer le couple installé pour s'établir à sa place. De plus, si la densité de couples est élevée, la mortalité des jeunes sera plus importante et le succès de reproduction de nichées amoindri. Classée nuisible et espèce chassable, elle fait l'objet d'une pression de destruction importante au niveau national puisqu'en moyenne 210 000 oiseaux sont prélevés chaque année par la pratique de la chasse sans compter les prélèvements non recensés par le piégeage.
Il apparaît également que les populations de pie bavarde présentent un fort déclin à l’échelle du territoire national. Selon une étude du Muséum National d’Histoire Naturelle, les effectifs ont diminué de 71 % en 17 ans. Par ailleurs, une étude menée localement en Ile-de-France pendant plusieurs années ne démontre pas d’impact significatif de la pie bavarde sur la reproduction des populations de passereaux et d’oiseaux d’eau. Leur disparition ne semble donc pas imputable à la pie ou à d'autres corvidés. S'il est vrai qu'elle a su profiter de l'extension agricole, coloniser les villes, les passereaux ont subi quant à eux les contrecoups de la transformation et de la dégradation des milieux (diminution des prairies, vergers, haies...), de l'utilisation des pesticides et insecticides et enfin des prélèvements dits "traditionnels" des petits oiseaux dans le sud-ouest et le sud-est de la France.
Il est impossible d'éviter à tous les oiseaux du jardin la prédation naturelle mais, avec quelques ruses, vous pouvez limiter les dégâts. Par exemple, ne laisser jamais votre jardin totalement à l'abandon. Les hautes herbes constituent souvent un terrain de chasse idéal pour la pie et d'autres prédateurs, et un piège mortel pour les jeunes oiseaux inexpérimentés. Toutes les actions qu’entreprend la LPO sont possibles grâce à la générosité et à la fidélité de ses membres, de ses abonnés et de ses donateurs parmi lesquels nous espérons vous compter très prochainement.
Yann Maurey
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