Agir ensemble pour des territoires durables : les enjeux du SDAGE
En décembre 2009, le Comité de Bassin Rhône-Méditerranée adoptera le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin pour la période 2010-2015. Ce document fixera à la fois les grandes orientations pour la gestion de l’eau et les objectifs à atteindre en 2015, en termes qualitatifs et quantitatifs.
Depuis cinq ans, des milliers de personnes se sont mobilisées pour son élaboration, dans la continuité du SDAGE de 1996. L’Agence de l’Eau, les services de l’Etat, les Collectivités Territoriales et les structures de gestion existant sur la plupart de nos cours d’eau se sont impliqués dans cet effort collectif pour : répertorier les masses d’eau du bassin, élaborer l’état des lieux, renforcer les réseaux de mesure, et surtout, pour chaque bassin-versant, conduire une réflexion sur le chemin restant à parcourir pour atteindre le bon état écologique et les moyens d’y arriver.
Aujourd’hui, nos sociétés font face à des menaces d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. Si nous ne réagissons pas vigoureusement, la crise financière et économique décimera des pans entiers de notre économie, laissant des millions de personnes dans la misère, tandis que la crise écologique déstabilisera irrémédiablement les grands équilibres écologiques de notre planète, menaçant à terme la survie même d’une partie de l’humanité.
Ces crises nous obligent à repenser en profondeur nos politiques de développement. Au niveau international, les Etats-Unis ou le Japon ont élaboré des plans de relance de l’économie clairement orientés vers une meilleure prise en compte de l’environnement. En France, le "Grenelle de l’Environnement" a permis d’identifier des pistes pour réorienter notre société vers des modes de production, de consommation et de vie plus durables. Au niveau du bassin Rhône Méditerranée, le SDAGE constitue un projet territorial et un projet de société pour les six prochaines années, pour atteindre le bon état écologique et relancer le développement économique de notre bassin.
Plutôt que produire plus, notre agriculture doit produire mieux, en privilégiant les techniques de l’agriculture biologique. Ainsi, elle fournira des produits de qualité, créera des emplois, utilisera l’eau avec parcimonie et cessera de polluer des milieux aquatiques. Les techniques existent, leur application dépend de notre capacité collective à les rendre accessibles et incitatives.
Notre potentiel hydroélectrique doit être valorisé au maximum. Mais là aussi il ne s’agit pas, sous le prétexte de lutter contre le changement climatique, de barrer ou canaliser les rivières qui coulent encore librement. Les projets innovants sur la gestion des ouvrages hydroélectriques en cohérence avec la gestion du lit de la Durance montrent qu’il est possible, au contraire, d’associer gains de productivité et retour d’une certaine dynamique fluviale sur des secteurs très perturbés.
Afin de garantir dans nos rivières un débit suffisant pour le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques, nous devons apprendre à réduire nos consommations d’eau dans tous les domaines de la vie quotidienne et dans tous les secteurs de production, en transformant nos habitudes et en utilisant des technologies nouvelles.
Atteindre le bon état écologique nécessite parfois des dépenses importantes. Mais ces dépenses doivent être mises en regard des économies qu’elles permettent :
- les investissements réalisés dans le but d'améliorer la qualité des masses d'eau permettront à terme (moyen ou long) d'avoir une eau brute de meilleure qualité, nécessitant moins de traitements de potabilisation, moins d'infrastructures d'exploitation, et de réduire ainsi les coûts liés à l'achat d'eau embouteillée, aux dépenses de santé, etc.
- La bonne qualité des rivières et lacs est également la base de pans entiers de l’activité de notre bassin : tourisme, pêche, aquaculture, agriculture… autant d'activités qui demandent des milieux aquatiques de qualité pour proposer à leur tour des services et produits de qualité.
- De nombreux milieux aquatiques possèdent de plus une grande valeur patrimoniale du point de vue naturaliste (richesse des habitats et de la biodiversité) ou culturel (Camargue, tourbières, Rhône antique…). C’est l’héritage que nous laisserons à nos enfants.
- Enfin, le bon fonctionnement des écosystèmes fluviaux est justifié au regard du risque inondation : rendre au fleuve et aux rivières un espace suffisant de divagation, des zones d'expansion de crue et des milieux capables de freiner les débits (tels que les ripisylves…) permet de réduire la vulnérabilité des personnes et des biens à moindre coût et de diminuer les besoins de reconstruction après la crue.
Ces retombées positives sont plus difficiles à chiffrer que les investissements. Le SDAGE doit accélérer les efforts de recherche, que ce soit en matière d’économie, de sociologie, d’agriculture, de restauration de cours d’eau ou sur la question encore peu développée de l’évaluation des impacts cumulés sur les milieux aquatiques d’un grand nombre de petites perturbations.
Les plus grands défis qui se présentent à nous ne sont pas de nature économique. Il s’agit surtout de faire évoluer nos comportements individuels et collectifs. La France bénéficie de plus de quarante ans d’une tradition de gestion de l’eau innovante. C’est ce qui a permis de préserver la qualité de nos cours d’eau en dépit d’un fort développement de l’urbanisation et des activités économiques, et de produire des retombées économiques positives. Il faut continuer cet effort d’innovation.
Les résultats de la consultation auprès du grand public montre que 93% de la population du bassin adhère aux mesures préconisées dans ce projet de SDAGE ; 45% estimant même que les objectifs ne sont pas assez ambitieux. Le public se dit prêt à faire évoluer ses comportements individuels vers une consommation plus responsable : consommation de produits bio malgré un prix plus élevé (76%), réduction et tri des déchets et économies d'eau (97%). La population insiste sur la nécessité d'agir au plus vite pour préserver notre patrimoine commun et sur la nécessité d'un effort collectif de tous. Certains demandent même que davantage de moyens financiers soient dégagés pour soutenir cette ambition.
Nous devons poursuivre et intensifier les campagnes d’information et de sensibilisation du grand public. En retour, la population attend des marques de volonté, de courage politique autour de cet enjeu essentiel, tant au niveau de l'Etat que des collectivités locales.
Les structures de gestion locales par bassin versant sont au premier plan pour concevoir et mettre en œuvre des politiques innovantes de l’eau en lien avec leurs territoires, et constituent en cela un atout inestimable. Les commissions territoriales du Comité de Bassin qui viennent d’être créées doivent permettre de discuter et consolider des projets territoriaux à l’échelle d’une région, en associant collectivités, représentants des usagers économiques et des milieux associatifs.
Lors des prochaines commissions géographiques du Comité de Bassin, nous devrons affirmer clairement ces principes, et exiger, à tous les niveaux, une politique cohérente avec les préconisations du Grenelle de l'Environnement. Ainsi nous pourrons construire, pour l'avenir, les bases d'une gestion durable de nos territoires.
Sur le littoral de Provence et Côte d'Azur, il faut mettre un terme définitif à l'artificialisation du trait de côte. Dans les fleuves côtiers, les prélèvements d'eau doivent diminuer. L'espace – rivière doit être davantage pris en compte. Enfin, il faut réfléchir dès maintenant aux changements climatiques et à leurs impacts sur notre territoire.
Yann Maurey