Lettre a Mme Jouanno Secrétaire d'Etat a l' Ecologie
Rochefort, le 20 août 2009
Madame C
HANTAL JOUANNO,
S
ECRETAIRE D'ÉTAT A L'ÉCOLOGIE
Ministère de l’Ecologie, de l’Energie,
Du Développement durable et de la Mer
Hôtel de Roquelaure
246, boulevard Saint-Germain
75007 PARIS
Madame la Secrétaire d’Etat,
La LPO compte 46 000 adhérents et figure parmi l’une des premières organisations de
protection de la nature en France. Elle est le représentant français de BirdLife international.
Elle oeuvre pour la préservation du patrimoine naturel et de la biodiversité en France et par
ce fait en Europe.
Suite à la Directive 2008/81/CE de la Commission Européenne du 29 juillet 2008
modifiant la directive 98/8/CE du Parlement européen et du Conseil aux fins de l'inscription
du DIFENACOUM en tant que substance active à l'annexe I de ladite directive, et à la
Directive 2009/70/CE de la Commission du 25 juin 2009 modifiant la directive 91/414/CEE
du Conseil en vue d’inscrire la substance active DIFENACOUM sur la liste des produits
phytopharmaceutiques autorisés, la LPO souhaite attirer votre attention sur les risques
encourus par la faune sauvage lors à l’utilisation de ce rodenticide appartenant à la famille
chimique des antivitamines K. Ce rodenticide entraîne une perte de l'activation protéique et
par voie de conséquence une perte de la fonction de la coagulation sanguine. Cette anomalie
entraîne des saignements généralisés générant la mort de l'animal par épuisement ou
exsanguination.
L’utilisation de rodenticides anticoagulants est une pratique courante depuis de
nombreuses années. Or ses composés présentent tous un risque toxique avéré pour les
espèces non cibles, en particulier les carnivores, les rapaces et les nécrophages (vertébrés
oiseaux et mammifères). Selon leur toxicité on les classe usuellement en anticoagulants de
première génération (coumafène, coumatétralyl, chlorophacinone, diphacinone) qui sont
actifs après une consommation sur plusieurs jours, ou bien en anticoagulants de seconde
génération qui sont actifs après une seule prise (bromadiolone, difénacoum, diféthialone,
flocoumafène). Ainsi, le difénacoum comme la bromadiolone figure parmi les anticoagulants
de 2 effet, sa DL50 ( unique avec une fixation hépatique qui persiste durant 2 à 3 de semaines. Les études
d’épidémiosurveillance réalisées à partir des données des centres de toxicovigilance font état
régulièrement de nombreux cas d’intoxication par les anticoagulants chez la faune sauvage.
Ainsi ces études démontrent que l’exposition des rapaces aux rodenticides anticoagulants est
importante. La contamination directe des rapaces après ingestion d’appâts reste
« marginale » étant donné leur régime alimentaire. Au contraire, la contamination secondaire
par consommation de proies mortes empoisonnées apparaît comme la principale voie
d’intoxication et d’exposition des rapaces aux rodenticides anticoagulants (une étude révèle
que sur une période de référence de 9 ans, 49% des cas de mortalités constatés mettaient
en évidence des anticoagulants). Par ailleurs l’exposition des rapaces est significativement
plus importante que celles des autres oiseaux et ceci toujours en relation avec leur régime
alimentaire. Ces études d’épidémiosurveillance démontrent également très souvent que le
difénacoum et la bromadiolone sont les anticoagulants les plus souvent détectés et/ou
quantifiés dans les foies et les plasmas des rapaces analysés.
L’usage de rodenticides de plus en plus toxiques pour réguler les populations de
micromammifères « cibles » et jugés nuisibles accroît simultanément les risques
d’empoisonnement secondaire de la faune sauvage. A ce stade, la LPO souhaite également
attirer la vigilance de l’Etat français sur la dangerosité d’un autre anticoagulant de 3
ème génération dont la toxicité est jugée forte et s’exprime dès la première ingestion. Enconcentrations létales) est de l'ordre de 1,8 mg/kg et il est actif en priseèmegénération : le brodifacoum qui présente une DL50 inférieure au mg/kg et une persistance
dans le foie plus d'un mois.
L’emploi des anticoagulants de 2 en parcours extérieur comme produit phytosanitaire contre les micromammifères considérés
nuisibles apparaît extrêmement déplorable car cette perspective nous expose à des
problématiques encore plus dramatique que celle qui ont accompagnées l’usage de la
bromadiolone ( : avec de nombreux cas de mortalité sur la faune sauvage dont les rapaces).
L’usage extérieur de difénacoum comme du brodifacoum aura des conséquences
considérables sur la faune sauvage, notamment sur les populations de vautours, de milans,
de busards,..., dont le statut de conservation est très préoccupant. Parmi ces dernières
espèces citons, le Vautour percnoptère et le Milan royal dont les populations traversent une
période très troublée qui fait craindre le pire. Le Vautour percnoptère
considérée en danger sur la Liste Rouge (mai 2007) de l’UICN (Union Mondiale pour la
Nature). Sur une période de référence de 40 années, l’espèce a subi en Europe un déclin
supérieur à 50%.
et en Sicile et qui régressent de façon drastique en Espagne (régression de plus 47 % en
seulement 11 ans) ou encore en Allemagne, (régression de près de 50 %) pourtant
longtemps considérée comme le bastion de l’espèce en Europe.
La première raison invoquée pour expliquer ce cataclysme dans les populations de ces
deux petits rapaces est l’exposition aux produits toxiques (phytosanitaires, pesticides,…).
Avec l’aménagement des territoires et l’évolution des agroécosystèmes qui contribuent à
l’appauvrissement des ressources alimentaires de la plupart des rapaces, les oiseaux sont
contraints d’aller chercher leur nourriture toujours plus loin, s’exposant ainsi aux risques
d’empoisonnement.
Face à ces constats et aux risques d’extinction des espèces mais également à
la situation récurrente d’érosion de la biodiversité, la LPO souhaite que le
difénacoum comme le brodifacoum ou encore la Bromadiolone soit résolument
interdit en France en usage extérieur.
A la veille de l’année mondiale de la biodiversité, nous espérons que vous apporterez
une suite favorable à notre requête, et nous vous prions d’agréer, Madame la Secrétaire
d'État, l’expression de nos salutations respectueuses.
Allain B
OUGRAIN DUBOURG
Président de la LPO
Copie.
·
Monsieur Bruno Le Maire, Ministre de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche·
Monsieur Paul Vialle, Président de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire
Monsieur Paul Vialle, Président de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire